Israël poursuit son projet de crocodiles autour d'une prison malgré la justice
La justice israélienne a suspendu l'utilisation de crocodiles autour de la prison de Ketziot, mais le gouvernement poursuit les démarches pour ce projet controversé.
L'essentiel
AILa cour centrale de Jérusalem a temporairement suspendu la mise en œuvre d’un projet israélien visant à utiliser des crocodiles comme mesure de sécurité autour de la prison de Ketziot, dans le Néguev, tandis que le gouvernement poursuit les démarches juridiques et administratives nécessaires à l’avancement de ce projet qui suscite des contestations juridiques et professionnelles.
Selon le quotidien Yediot Aharonot, la ministre israélienne de la Protection de l’environnement, Idit Silman, poursuit, en coordination avec le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, la promotion de ce projet qualifié d’« expérimental » par le gouvernement. Celui-ci prévoit de placer des crocodiles autour de la prison de Ketziot pour renforcer la sécurité et dissuader les détenus considérés comme dangereux, alors que le nombre de prisonniers palestiniens a augmenté depuis le 7 octobre.
Malgré la décision de la cour, Silman a adressé une lettre à l’Autorité de la nature et des parcs, demandant de fixer les conditions et critères nécessaires à la détention de crocodiles au sein de l’administration pénitentiaire, estimant que l’accomplissement de ces exigences constitue une étape procédurale vers la mise en œuvre du projet. Dans sa lettre, elle affirme être convaincue de la « nécessité sécuritaire » de garder les crocodiles dans les prisons, précisant que le projet pourrait débuter dans les prochains jours une fois les exigences légales remplies.
La reclassification des crocodiles suscite la controverse
Le projet repose sur une décision prise par Silman à la mi-juillet, reclassant le crocodile du Nil comme « animal sauvage domestiqué », ce qui permet légalement sa détention par des organismes de sécurité, alors qu’il était auparavant protégé comme espèce sauvage.
Cette décision a suscité des objections au sein des institutions officielles, ayant été prise contre l’avis de la conseillère juridique du ministère de la Protection de l’environnement et de l’Autorité de la nature et des parcs. Cette dernière rappelle que la loi n’autorise la détention de tels animaux sauvages qu’à des fins de recherche scientifique, d’éducation ou de sensibilisation, et non pour des usages sécuritaires.
Des responsables professionnels estiment que la mesure est sans précédent, dépourvue de fondement scientifique ou légal, et pourrait contrevenir à la loi sur la protection de la faune. Des critiques rappellent que la classification « animal sauvage domestiqué » avait déjà été utilisée pour permettre l’élevage de crocodiles à des fins commerciales, avant d’être annulée suite à des incidents d’évasion de crocodiles et à des craintes pour la population locale.
La justice gèle temporairement le projet
La décision de la cour centrale de Jérusalem fait suite à un recours de l’association « Laissez les animaux vivre », qui considère le projet illégal et dangereux pour les animaux comme pour le public, et demande l’annulation de la décision ministérielle du 15 juillet autorisant l’utilisation de crocodiles comme moyen de surveillance et de dissuasion dans les prisons.
La cour a décidé de maintenir la suspension jusqu’à ce que l’État présente sa réponse dans un délai de deux semaines, tout en autorisant la poursuite des travaux de construction à l’intérieur de la prison de Ketziot, y compris le creusement de fossés prévus pour le projet.
Selon le recours, l’administration pénitentiaire a déjà entamé des travaux préparatoires, notamment le creusement d’un fossé autour de la prison et des contacts avec des détenteurs de crocodiles. Un budget de 21 millions de shekels a été alloué au projet par le ministère de la Sécurité nationale.
De son côté, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a critiqué la décision de la cour, estimant qu’elle entrave les mesures de dissuasion que le gouvernement souhaite mettre en place. Il a déclaré : « Les terroristes craignent l’arrivée des crocodiles, mais la cour s’est empressée de leur venir en aide. »
En décembre dernier, Ben Gvir avait proposé d’entourer les prisons accueillant des détenus palestiniens de crocodiles, à l’image du centre de rétention pour migrants « Alligator Alcatraz » en Floride, fermé en juin dernier après un an d’activité.
